PICASSIETTE A FAIT DE SA MAISON UN ART BRUT

Il est né dans une famille misérable qui compte huit enfants, frappé de cécité (maladie ou problème psychosomatique) dans ses jeunes années Raymond guérit miraculeusement vers l'âge de dix ans en embrassant le pied du pilier Notre Dame en la cathédrale de Chartres.

 

Après voir fait son service militaire dans le 3eme régiment d'Artillerie coloniale à Vincennes pour ses classes puis en Allemagne entant que Canonnier servant ou affecté aux cuisines, il obtient un certificat de bonne conduite.

 

De retour de l'armée,il fréquente un groupe de "durs" et en prend le style,jusqu'à sa rencontre avec Adrienne, une lingère, veuve avec trois enfants.

 

En 1924 mariage d'Adrienne Rolland et Raymond Isidore.

 

Pendant cette période il est Mouleur, proche des communistes, lit "l'huma" et se rend aux manifestations.

 

En 1926 il travaille comme chauffeur du tramway à vapeur sur la ligne Chartres-Angerville.

 

Le 24 décembre 1929 il achète un terrain de quelques ares et commence à construire sa maison, un simple rectangle sans eau ni électricité.

 

Le 15 Novembre 1930 Il apprend le décès de sa mère, effondré et malgré la présence de sa femme et de ses trois "beaux" enfants, il se dit tout seul.

 

En 1931 la famille d'Isidore s'installe dans la maison.

 

En1931-1932 il achète deux parcelles pour y établir son potager et son verger. Son caractère difficile lui joue des tours, il vit de petits boulots, notamment en tant que jardinier.

 

En 1933 le tramway est remplacé par des cars, on lui propose une place de conducteur, il refuse de peur de renverser les gens!

 

Au chômage il tente plusieurs expériences dans le commerce avec ses indemnités mais sans succès.

 

En Juin 1935 il travaille au dépôt d’ordures de la ville. Il est nommé Cantonnier en 1936 et gravit progressivement tous les échelons.

 

En 1935-1936 il apprend seul à jouer de l'accordéon et tient une guinguette dans son jardin, sportif il joue au football et crée l'amicale des marcheurs sur Chartres.

 

Tout cela ne semble pas suffire à Raymond, il est à la recherche d'autre chose. C'est au hasard de ses promenades à travers les champs qu'il aperçoit des petits morceaux de porcelaine et de vaisselle cassée qu’il amoncelle dans un coin de son jardin. Puis l'idée lui vient sa maison achevée,en autodidacte,il va s'attacher à sa décoration intérieurs et c'est ainsi que murs, objets, sols, trouvent parure.Son art lui est dicté selon lui par des voix célestes des rêves nocturnes.

 

Il écume les poubelles et la salle des ventes où pour quelques pièces dérisoires il emporte ses "trésors" : des chines bleues, des compagnies des Indes etc... puis il s'attaque aux murs extérieurs.

 

De 1940 à 1958 une succession d'embauches et de démissions ponctueront son parcours professionnel, Raymond est reconnu par ses collègues et sa famille comme un homme simple, doux, consciencieux, sobre et ponctuel, mais l'injustice le révolte et peut se mettre dans d'épouvantables colères!

 

En 1941 il travaille dans un entrepôt de charbon.

 

En octobre 1945 il redevient ouvrier à l'équipe de solidarité pour la ville, puis devient machiniste deux ans pour le théâtre municipal.

 

En 1949 il s'accroche avec le directeur et se fait renvoyer. Il s'en suit une crise où il doit faire un séjour psychiatrique. Il retravaille pour l'équipe de solidarité et a une violente altercation avec le directeur des travaux. Celui ci l'expédie comme balayeur au cimetière de Saint-Chéron, une injustice pour Raymond qui rêvait d'être jardinier municipal.

 

Mais jardinier il le deviendra et il sera seul maître de ses décisions. C'est sur les murs de sa maison qu'il plantera ses fleurs de porcelaine.

 

Incompris,moqué et considéré comme un drôle, on le surnomme "pique assiette".

 

En 1952 sa maison est terminée, décorée à l’intérieur comme à l’extérieur, il marque une pause, c'est aussi la date d'une première publication sur "Picassiette".

 

En 1954 il reçoit la visite de Picasso et il est photographié en 1956 par Robert Doisneau.

 

C'est en février 1956 qu'il achète un terrain voisin qui lui permet de doubler sa surface il poursuit son œuvre.

 

En janvier 1958 il démissionne pour raison de santé et laisse libre court à son art.

 

Début des années 60 sa santé se dégrade rapidement ses forces déclinent. Il se met à exécuter des fresques plutôt que des mosaïques afin d'accélérer son cheminement au cas où.Il reprend la mosaïque sur certaines fresques quand il a un regain d'énergie, puis arrive la phase ou il n'arrive plus à aboutir dans ses projets ou l'inspiration semble se tarir. Raymond se retrouve désœuvré en proie à une profonde détresse.

 

En avril 1960 la ville souhaite réaliser un vaste projet immobilier social, exproprié il perd son potager, sa maison et son verger sont sauvés de justesse... Son petit verger si tranquille est à présent encadré de nouveaux voisins. Il est régulièrement la cibles de voleurs.

 

En 1962 les petits revenus encaissés par Adrienne pour la visite de la maison risquent de rendre imposable Raymond Isidore, qui sur un coup de tête décide de jeter le pécule à la mare.

 

En mai 1962 il perd la tête, se prend pour un descendant du Christ, une agitation qui passe par des périodes plus sereines, où il admet que sa maison est terminée, que l'esprit s'est tût qu'il a accompli sa mission, qu'il s'agissait du passe temps de sa vie.

 

En 1963 les clichés de l'époque montrent un homme très vieilli, triste et désœuvré.

 

En 1964 les crises se succèdent il perd la raison dans un délire il annonce la fin du monde et affirme que la terre va se diviser en deux...

 

le 5 septembre 1964 un orage éclate, il s'enfuit désorienté,il sera retrouvé mort le lendemain matin. Il s'est laissé mourir dans un fossé.

 

En Novembre 1979 Adrienne quitte la maison pour vivre en maison de retraite. Elle décède dans cet établissement le 12 mars 1986.

 

En novembre 1981 la ville de Chartres achète la maison

 

En juin 1983 la Maison Picassiette est classée Monument Historique.

 

En Octobre 2016 elle est labellisée "Patrimoine du XXe siècle"


Raymond Isidore est devenu, longtemps après sa mort, l’inspirateur d’une démarche particulière de développement social urbain (voir article de P.Macquaire) : « un quartier dans un monde de mosaïques ».

La réhabilitation du quartier des hauts de Chartres donne naissance, à partir de 1990, à une mosaïque d’interventions sociales dont la Maison d’Isidore est le point de départ :

« La maison achevée, je me promenais dans les champs quand je vis par hasard des petits bouts de verre, débris de porcelaine, vaisselle cassée. Je les ramassais sans intention précise, pour leur couleur et leur scintillement. J’ai trié le bon et jeté le mauvais. Je les ai amoncelés dans un coin de mon jardin. Alors l’idée me vint d’en faire une mosaïque … »

Raymond Isidore et Adrienne Rolland
Raymond Isidore et Adrienne Rolland